« Make healthy hydration the new norm »

Hydratation chez les personnes âgées

Synthèse des connaissances scientifiques actuelles en matière d’hydratation chez les personnes âgées. Les causes, les conséquences et la gestion de l’hydratation.

Risques

Introduction

Parce qu’elle est essentielle au maintien de nombreuses fonctions du corps humain, l’eau représente un nutriment indispensable à chaque étape de notre vie. Néanmoins, avec l’âge, les mécanismes de régulation de la balance hydrique s’altèrent, augmentant le risque de déshydratation. La déshydratation est en effet le premier trouble liquidien touchant les seniors. Et elle peut avoir de graves conséquences sur leur santé (Hodgkinson et al. 2003 ; Faes 2007).
Il a été prouvé que les personnes âgées affichaient des taux de déshydratation particulièrement élevés (Begumand Johnson 2010 ; Himmelstein et al. 1983 ; Warren et al. 1994 ; Snyder et al. 1987 ; Bennett et al. 2004 ; Mentes et al. 2006a ; O’Neill et al. 1990 ; Bourdel-Marchasson et al. 2004 ; Forsyth et al. 2008 ; Stookey et al. 2005a ; Stookey 2005b). En outre, la déshydratation est l’un des dix diagnostics les plus fréquents justifiant l’hospitalisation de patients de plus de 65 ans aux États-Unis (Sheehy et al. 1999). De plus en plus d’études démontrent l’importance de la prévention et de la gestion de la déshydratation en vue de limiter ses conséquences parmi cette population (Faes 2007).

Ce document synthétise les connaissances scientifiques actuelles en matière d’hydratation chez les personnes âgées et s’intéresse plus particulièrement aux causes, aux conséquences et à la gestion de l’hydratation.

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I. Personnes âgées : une population à risque de déshydratation accru

Bien qu’il n’existe pas de définition absolue de la déshydratation, on peut généralement la définir comme l’épuisement total de la teneur en eau corporelle, suite à la perte excessive de liquide, à un apport en liquides réduit ou à une combinaison des deux (Begum et Johnson 2010).

Selon le rapport entre le déficit en eau et en sodium, la déshydratation peut être isotonique (déficit en eau et en sodium équivalent – exemple : diarrhée), hypertonique (déficit en eau supérieur au déficit en sodium – exemple : fièvre) ou hypotonique (déficit en sodium supérieur au déficit en eau – exemple : abus de diurétiques) (EFSA 2010).

Chez les seniors, plusieurs paramètres peuvent augmenter le risque de déshydratation, à commencer par les modifications physiologiques liées à l’âge.

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Figure 1 - Réduction de la teneur en eau corporelle liée à l’âge

I.1. Modifications physiologiques liées à l’âge ayant un impact sur la balance hydrique

Au cours du vieillissement, le corps fait l’objet de nombreuses modifications physiologiques, exposant les plus âgés à un risque accru de déshydratation (Benelam et Wyness 2010). La baisse de la consommation de boissons, l’accroissement de la perte de liquide et la réduction de la teneur en eau corporelle peuvent troubler l’équilibre hydrique de cette population (Schols et al. 2009 ; Hébuterne et al. 2009).

I.1.1. Teneur en eau corporelle totale

La teneur en eau corporelle totale diminue avec l’âge, en raison de la perte de masse corporelle maigre et de l’augmentation de la proportion de tissus adipeux (pauvres en eau) dans le corps (Sheehy et al. 1999). Elle peut ainsi baisser de quatre à six litres entre 20 et 80 ans (Gille 2010) (Figure 1). 

Suite à ce phénomène, les pertes en eau du corps, y compris les plus légères, peuvent engendrer des signes et symptômes de déshydratation (Rikkert et al. 2009).

I.1.2. Sensation de soif

La sensation de soif a tendance à s’atténuer chez les personnes âgées, entraînant une baisse de la consommation de boissons. C’est le cas, notamment, après une période de privation d’eau (Schols et al. 2009 ; Kenney et Chiu 2001). Plusieurs hypothèses ont été avancées : altération de la fonction des osmorécepteurs et barorécepteurs et modifications hormonales et des neurotransmetteurs (affaiblissement des niveaux de dopamine – un neurotransmetteur impliqué dans la sensation de soif –, niveau accru de peptide natriurétique auriculaire (APN) – reconnu comme étant un inhibiteur de la soif – dans le plasma, etc.) (Silver 1990 ; Wilson 1999). Ainsi, il arrive fréquemment que les individus les plus âgés ne boivent pas suffisamment pour se réhydrater après une période de privation d’eau (Sheehy et al. 1999 ; Kenney et Chiu 2001).

I.1.3.Fonction rénale

L’altération de la capacité des reins à conserver l’eau est également une conséquence du vieillissement. Les reins ont de plus en plus de mal à concentrer l’urine et, par conséquent, à retenir l’eau lors d’une période de privation (Bennett 2000). Avec l’âge, le rein réagit moins rapidement à l’hormone antidiurétique (ADH), ce qui jouerait un rôle majeur dans la perte de cette fonction rénale (Sheehy et al. 1999).

En outre, les reins régulent de moins en moins efficacement l’excrétion de sodium (Silver 1990).

Par conséquent, les modifications physiologiques liées à l’âge altèrent la capacité du corps à maintenir l’homéostase de l’eau (Schols et al. 2009) (Figure 2).

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Figure 2. Modifications physiologiques liées à l'âge favorisant le risque de déshydratation

I.2. Autres facteurs

Outre les modifications physiologiques liées à l’âge, de nombreux facteurs exposent les seniors à un risque accru de déshydratation (Figure 3) ; un risque d’autant plus élevé que ces facteurs s’accumulent (Wotton et al. 2008).
Le vieillissement est associé à la dégradation de certaines fonctions – capacité de déglutition, mobilité, compréhension et communication – pouvant entraîner un apport en liquides insuffisant. Les facteurs pathologiques, notamment la fièvre, le diabète ou l’incontinence, peuvent augmenter les pertes en eau (Mentes 2006b ; Weinberg et al. 1994 ; Feinsod et al. 2002). La déshydratation peut également être due à des facteurs environnementaux (chaleur, manque de temps ou de connaissances du personnel soignant, entraînant un apport en liquides insuffisant, etc.) ou iatrogéniques (traitements incluant des laxatifs, des diurétiques ou des inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine, procédures médicales impliquant notamment des périodes de jeûne, etc.) (Faes 2007 ; Mentes 2006b ; Amella 2004 ; Dyck 2007).

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Facteur de risques de déshydratation chez les personnes âgées

Problèmes

II. Déshydratation : un problème majeur touchant la population âgée

II.1. Prévalence de la déshydratation chez les personnes âgées

Bien que la déshydratation représente un problème de santé publique majeur, sa prévalence fait jusqu’ici l’objet de bien peu de recherches, notamment auprès des populations en bonne santé, vivant à leur domicile (c’est-à-dire ne résidant pas dans des établissements spécialisés ou des maisons de soins) (Stookey et al. 2005a).

Pourtant, les connaissances actuelles attestent de taux élevés de déshydratation chez les personnes âgées dans les hôpitaux et autres institutions de santé (Begum et Johnson 2010 ; Himmelstein et al. 1983 ; Warren et al. 1994 ; Snyder et al. 1987 ; Bennett et al. 2004 ; Mentes et al. 2006a ; O’Neill et al. 1990 ; Bourdel-Marchasson et al. 2004 ; Forsyth et al. 2008). En fait, la déshydratation est une cause courante d’hospitalisation des personnes âgées et l’un des dix diagnostics les plus fréquents justifiant une hospitalisation aux États-Unis (Sheehy et al. 1999). Des études menées en maisons de soins révèlent également des niveaux élevés de déshydratation parmi cette population. Par exemple, d’après l’une de ces études, la prévalence de la déshydratation chez les résidents de maisons de soins les plus âgés – évaluée par mesure de l’osmolalité dans le plasma – atteint 88 % (O’Neill et al. 1990). Une autre étude soutient cette prévalence élevée, dévoilant que 31 % des résidents de maisons de soins ont déjà souffert d’une déshydratation (définie comme le rapport azote uréique/créatinine sanguin élevé), suivie d’une hospitalisation et de l’injection intraveineuse de liquides de réhydratation (Mentes 2006c). Ce constat vient confirmer d’autres études faisant apparaître un apport en liquides inadéquat chez 50 à 92 % des résidents de maisons de soins (Mentes et Kulp 2003).

Les données sont plus contradictoires en ce qui concerne les individus vivant à domicile (Stookey 2005b).

Certaines études ne font état d’aucun cas de déshydratation (Morgan et al. 2003 ; Bossingham et al. 2005). Cependant, l’une d’elles indique que la prévalence de l’hypertonicité, facteur de mesure de la déshydratation, peut atteindre 60 % (Stookey 2005b). La prévalence réelle de la déshydratation chez les personnes âgées vivant à domicile varie probablement selon l’indicateur utilisé pour définir l’hydratation (Stookey et al. 2005a).

II.2. L’apport en liquides est insuffisant chez les personnes âgées

II.2.1. Quelles sont les recommandations en matière d’apport en liquides pour les seniors ?

Les besoins quotidiens en eau dépendent de différents facteurs, tels que les pertes de liquide ou encore le régime alimentaire. Leur estimation est donc particulièrement variable et complexe, notamment chez les personnes âgées. En effet, celles-ci peuvent présenter des pathologies (insuffisances cardiaques congestives, maladies rénales, etc.) ou suivre des traitements (diurétiques ou laxatifs) ayant un impact élevé sur leurs besoins en liquides (Volkert et al. 2005).

Seuls quelques pays ont établi des recommandations nationales en matière d’apport en liquides (Popkin et al. 2010) et celles-ci sont très diverses (EFSA 2010 ; IoM 2004). En 2005, par exemple, l’Institut de médecine de l’Académie nationale des sciences aux États-Unis a défini une recommandation relative à l’apport total en liquides (eau issue des aliments et des boissons) pour les personnes âgées. Les valeurs de référence suggérées sont de 3,7 l pour les hommes et 2,5 l pour les femmes (IoM 2004). Côté européen, les valeurs de référence récemment définies par l’Autorité européenne de sécurité des aliments sont de 2,5 l pour les hommes et 2 l pour les femmes (EFSA 2010).

II.2.2. Quelle quantité d’eau les personnes âgées boivent-elles ?

Même s’il est communément admis qu’un apport en liquides approprié est essentiel pour la santé, peu de travaux ont été menés à ce jour pour mesurer l’apport total, notamment chez la population âgée (Popkin et al. 2010 ; Bellisle et al. 2010).

Quelques études ont cependant vu le jour, dont certaines sont représentatives à l’échelle nationale (Volkert et al. 2005 ; Bellisle et al. 2010 ; Haveman-Nies et al. 1997 ; Raman et al. 2004 ; Zizza et al. 2009 ; Kant et al. 2009). Elles révèlent que l’apport total en liquides diminue régulièrement au cours du vieillissement, notamment de par la baisse de la consommation d’eau issue de boissons (Volkert et al. 2005 ; Raman et al. 2004). Lorsque l’on compare l’apport en liquides observé avec les recommandations locales ou régionales, il apparaît qu’une importante proportion de la population âgée présente un risque d’apport en liquides insuffisant, donc de déshydratation, notamment les plus de 85 ans (Volkert et al. 2005 ; Haveman-Nies et al. 1997 ; Zizza et al. 2009 ; INVS et CNAM 2006).

Par exemple, une étude allemande menée auprès de seniors vivant à leur domicile affirme que pour un tiers d’entre eux, l’apport total en liquides n’est pas conforme à la valeur de référence. Un constat qui se reflète dans le faible niveau de consommation de boissons observé (Volkert et al. 2005). Par ailleurs, une étude américaine indique qu’environ deux tiers (63 %) des jeunes seniors (65-74 ans) et la grande majorité (81 %) des plus anciens (85 ans et plus) présentent un apport total en liquides inadéquat par rapport aux recommandations de l’Institut de médecine (IoM 2004) (Figure 4).

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Figure 4 - Proportion des personnes âgées aux États-Unis dont l’apport en liquides (boissons et aliments) n’est pas conforme aux recommandations (Kant et al. 2009)

Valeur de référence utilisée : 3700 ml (hommes) ou 2700 ml (femmes)/jour (recommandations américaines)

Les données sur la fréquence des cas de déshydratation chez les personnes âgées vivant à domicile sont contradictoires. Toutefois, lorsque l’on compare leur consommation de boissons réelle avec les recommandations actuelles, il apparaît clairement que la population âgée, vivant à domicile ou dans des établissements de soins, présente un risque d’apport en liquides inadéquat, donc de déshydratation.  

Conséquences

III. Conséquences sur la santé et impact économique

III.1 Conséquences de la déshydratation sur la santé

Le maintien d’un niveau d’hydratation adéquat est essentiel à l’ensemble des fonctions du corps humain (Benelam et Wyness 2010). Toute insuffisance en la matière peut avoir des conséquences néfastes sur la santé (EFSA 2010), notamment chez les personnes âgées, pour lesquelles la déshydratation est fréquente et peut être fatale si elle n’est pas diagnostiquée (Gille 2010).

Plusieurs études montrent que la déshydratation est associée à une mortalité accrue chez les personnes âgées hospitalisées (Mentes 2006b). D’après une étude américaine, les seniors américains hospitalisés, dont le diagnostic principal est une déshydratation, présentent un taux de mortalité de près de 50 % l’année suivante. Toujours d’après cette étude, même lorsque la déshydratation ne constitue pas le diagnostic principal, la déshydratation concomitante accroît le risque de mortalité relatif des patients (12 mois) de 16 à 78 %, par rapport aux patients présentant le même diagnostic sans déshydratation (Warren et al. 1994).

Chez les plus âgés présentant diverses pathologies associées, la déshydratation peut accélérer les hospitalisations d’urgence et accroître le risque d’hospitalisations récurrentes (Begum et Johnson 2010 ; Mentes 2006b ; Anti et al. 1998 ; Robinson et Rosher 2002 ; Suhr et al. 2004 ; Ship et Fischer 1997 ; Shannon et al. 2002 ; Burge et al. 2001).

En outre, il apparaît de plus en plus clairement que la déshydratation, même sous une forme bénigne, joue un rôle majeur dans le développement de diverses pathologies (Manz 2007). D’après les connaissances actuelles, la déshydratation peut être source de nombreux troubles : constipation, altération de la fonction cognitive, perte d’équilibre, hypotension orthostatique, troubles salivaires, mauvaise régulation de l’hyperglycémie chez les diabétiques ou encore hyperthermie (Manz 2007 ; Anti et al. 1998 ; Robinson et Rosher 2002 ; Suhr et al. 2004). Le Tableau 1 illustre la corrélation potentielle entre la déshydratation et le développement de différentes pathologies chez les personnes âgées. Il indique également dans quelle mesure cette corrélation a été démontrée.

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Tableau 1. Corrélation potentielle entre la déshydratation et le développement de différentes pathologies

Il a été observé que l’administration d’eau à des individus souffrant de déshydratation (ou réhydratation) avait un effet bénéfique sur certaines de ces pathologies (Anti et al. 1998 ; Robinson et Rosher 2002). Une étude révèle que le simple fait d’encourager les résidents de maisons de soins à boire 2 verres supplémentaires par jour permet d’améliorer le niveau d’hydratation, de réduire les cas de constipation et de limiter le nombre de chutes (Robinson et Rosher 2002).

III.2. Impact économique de la déshydratation

Malgré le manque de données sur l’impact économique de la déshydratation chez les personnes âgées, l’analyse des dépenses hospitalières aux États-Unis montre qu’elle engendre des coûts substantiels. Le Tableau 2 ci-dessous reprend quelques chiffres clés en la matière.

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Tableau 2. Impact économique de la déshydratation chez la population âgée

Une étude américaine révèle également l’impact financier considérable de la déshydratation pour les maisons de soins. D’après cette étude, la déshydratation est l’une des cinq pathologies entraînant le plus de dépenses, avec des coûts de traitement atteignant environ 750 euros par cas (Alessi et al. 2003).

Outre ses conséquences cliniques individuelles, la déshydratation représente donc un problème de santé publique majeur de par son impact économique.

Recommandations

IV Maintenir un niveau d’hydratation correct ou l’importance de la prévention de la déshydratation chez les personnes âgées

IV.1. Niveau d’hydratation : une évaluation complexe

Bien que plusieurs indicateurs permettent d’évaluer le niveau d’hydratation, il n’existe pas de méthode universelle en la matière, notamment à l’égard de la population âgée (Vivanti et al. 2008 ; Kavouras 2002). Il est complexe de diagnostiquer une déshydratation chez les personnes âgées car les signes et symptômes classiques qui y sont associés (sécheresse buccale, faiblesse musculaire, persistance du pli cutané...), notamment en cas de forme bénigne, sont souvent plus difficiles à identifier que chez les adultes et enfants. De plus, certains symptômes, telles qu’une soif accrue, peuvent ne pas se manifester (Schols et al. 2009 ; Sheehy et al. 1999).

Dans la mesure où il n’existe pas d’indicateur unique en matière de déshydratation, il est recommandé d’établir un modèle basé sur plusieurs indicateurs (Schols et al. 2009). Les directives disponibles suggèrent d’évaluer les antécédents médicaux, ainsi que les paramètres physiques du patient, d’effectuer des tests en laboratoire et de définir le comportement du patient en matière de consommation de boissons (Association américaine des directeurs médicaux 2009 ; Mentes 2008). Des tests en laboratoire permettent généralement de confirmer le diagnostic de déshydratation et d’orienter les médecins dans le choix d’un traitement adapté (Schols et al. 2009). Le Tableau 3 fournit des exemples de signes et symptômes de déshydratation.

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Tableau 3. Signes permettant de diagnostiquer une déshydratation chez les personnes âgées (Schols et al.2009)

IV.2 Stratégies de traitement de déshydratation

Quatre grandes stratégies thérapeutiques peuvent être identifiées, selon le mode d’administration de liquides : oral, entéral, sous-cutané ou intraveineux (Schols et al. 2009).

Le choix des méthodes de réhydratation dépend de la gravité et du type de déshydratation (isotonique, hypotonique ou hypertonique), de l’état de santé du patient, notamment des complications pouvant entraîner une situation d’urgence, et de la disponibilité des procédures, notamment intraveineuses et sous-cutanées (Faes 2007). Le liquide administré varie quant à lui en fonction du type de déshydratation (solution saline en cas de déshydratation hypotonique et solution à faible osmolalité pour une déshydratation hypertonique) (Hébuterne et al. 2009).

Dans la mesure du possible, il convient de privilégier une administration par voie orale (Hébuterne et al. 2007 ; Pershad 2010), notamment en l’absence de symptômes sévères et lorsque le niveau d’hydratation peut être progressivement restauré (Faes 2007 ; Schols et al. 2009). Lorsque la consommation de boissons ou de nutriments s’avère insuffisante, l’administration de liquide par sonde naso-gastrique est recommandée. Cette procédure assure une réhydratation précoce et rapide, sans risque d’hydratation excessive (Hébuterne et al. 2007). La thérapie intraveineuse s’avère efficace en cas de déshydratation critique et lorsque l’état clinique du patient impose une intervention d’urgence (Faes 2007 ; Schols et al. 2009). Outre le risque potentiel qu’elle engendre et son coût, cette solution requiert un personnel qualifié et s’accompagne souvent d’une hospitalisation (Schols et al. 2009 ; Pershad 2010). Dans la pratique, malgré ses inconvénients et les recommandations en faveur des thérapies orales, l’administration intraveineuse est privilégiée par les médecins (Pershad 2010). La perfusion de liquide par voie sous-cutanée, ou hypodermoclyse, offre une alternative efficace, présentant un faible risque de complication (Faes 2007 ; Schols et al. 2009). De par sa simplicité d’administration, elle se révèle idéale pour un traitement en maison de soins ou à domicile (Schols et al. 2009), évitant ainsi une hospitalisation (Faes 2007). Cette stratégie reste pourtant sous-exploitée (Schols et al. 2009).

Dans la mesure où elles peuvent nécessiter des installations spécifiques et impliquer l’intervention d’un personnel qualifié, les stratégies de traitement de la déshydratation sont généralement complexes à mettre en œuvre. La prévention, basée sur des mesures simples et efficaces visant à surveiller le niveau d’apport en liquides, est donc primordiale.

IV.3 Stratégies de prévention de la déshydratation

IV.3.1. Quelles stratégies mettre en œuvre ?

La prévention de la déshydratation chez les seniors repose principalement sur un apport en liquides adéquat. À cet égard, il est fondamental de sensibiliser les personnes âgées, leur famille et le personnel soignant à la gravité de la déshydratation et aux facteurs de risque associés (Faes 2007 ; Mentes 2006b). Une étude américaine démontre que 89 % du personnel soignant pense que la stratégie clé repose sur la sensibilisation et l’éducation des personnes âgées (Abdallah et al. 2009). Les seniors doivent être encouragés à consommer des boissons (Faes 2007 ; Abdallah et al. 2009). De nombreuses stratégies ont été proposées à cette fin, notamment dans les établissements gériatriques, où les infirmiers et le personnel soignant ont un rôle majeur à jouer (Faes 2007 ; Bennett 2000 ; Association américaine des directeurs médicaux 2009 ; Wick 1999). Le schéma ci-dessous fournit quelques exemples.

STRATÉGIES VISANT À ENCOURAGER LA CONSOMMATION DE BOISSONS

(Faes 2007; Bennett 2000)

  • Proposer régulièrement des boissons au cours de la journée
  • Mettre des boissons à disposition tout au long de la journée (à portée du lit ou du fauteuil dans les établissements gériatriques), sous forme de petites bouteilles d’eau ou de gobelets
  • Encourager la consommation de boissons lors de la prise de médicaments
  • Proposer des boissons que la personne apprécie particulièrement
  • Prescrire et garantir l’ingestion d’au moins 1,5 litre de liquide lorsque le risque de déshydratation est accru

Pour une hydratation adéquate, les facteurs de risque individuels et environnementaux doivent être systématiquement pris en compte dans les stratégies de prévention (Schols et al. 2009 ; Hébuterne et al. 2009 ; Weinberg et Minaker 1995). Par exemple, il est essentiel de gérer efficacement les cas d’incontinence urinaire, de sorte que les patients ne cherchent pas délibérément à réduire leur consommation de boissons (Association américaine des directeurs médicaux 2009).

Il est également primordial que le personnel soignant surveille cette consommation (par exemple, les aides-soignants et le personnel de soin et de nutrition à domicile pour les seniors vivant chez eux) (Weinberg et Minaker 1995).

IV.3.2. Quel type de boisson recommander ?

La qualité des boissons et le mode de consommation doivent faire l’objet d’une attention particulière (Schols et al. 2009 ; Hébuterne et al. 2009). Pour une hydratation efficace, l’eau doit naturellement représenter la principale boisson consommée au quotidien (Bennett 2000). Le lait, les jus de fruits et les soupes non salées sont particulièrement nutritifs et permettent de varier la consommation tout en garantissant un apport en liquides suffisant. De par leur effet diurétique, le café et le thé doivent être consommés en quantité raisonnable. Les boissons alcoolisées ne sont pas recommandées (Bennett 2000 ; Schols et al. 2009 ; Hébuterne et al. 2009).

IV.3.3. Les stratégies de prévention sont-elles efficaces pour les personnes âgées ?

Plusieurs programmes d’intervention visant à encourager la consommation de boissons ont été mis en œuvre. Ils se sont révélés à la fois efficaces et économiques pour les établissements gériatriques (Spangler et al. 1984 ; Simmons et al. 2001 ; Robinson et Rosher 2002 ; Mentes et Kulp 2003).

En maison de soins, il a été prouvé, par exemple, qu’il suffisait de proposer des boissons aux résidents souffrant d’incontinence pour que 78 % d’entre eux augmentent leur consommation de liquides, ce qui réduit considérablement les cas de déshydratation diagnostiqués en laboratoire (Simmons et al. 2001).

Une autre étude a été menée afin de tester une approche différente consistant à proposer une assistance et des documentations expliquant comment rendre l’hydratation plus agréable. Elle a démontré une amélioration du niveau d’hydratation et des économies de l’ordre de 75 € par résident et par semaine sur les soins médicaux encourus (Robinson et Rosher 2002).

Une surveillance régulière du niveau d’hydratation et l’application de mesures simples visant à garantir une consommation de boissons adéquate contribuent ainsi à réduire sensiblement le risque de déshydratation et ses conséquences néfastes sur la population âgée.

Conclusion
  • Avec l’âge, les réserves en eau du corps diminuent, la sensation de soif est altérée et les reins perdent leur capacité à concentrer l’urine, exposant les personnes âgées à un risque accru de déshydratation.
  • Il est communément admis qu’une consommation de boissons appropriée est essentielle pour la santé...
  • ... cependant, l’estimation des besoins en eau est complexe et très variable.
  • Une proportion importante des seniors, notamment les plus âgés d’entre eux, est exposée à un risque d’apport en liquides insuffisant.
  • La déshydratation est un trouble fréquent pouvant avoir de graves conséquences sur la santé et engendrer des frais médicaux considérables.
  • Une détection précoce permet d’éviter la déshydratation et ses conséquences.
  • La déshydratation implique généralement un traitement relativement lourd, alors qu’elle peut être prévenue à l’aide de mesures simples et efficaces, par exemple en encourageant une consommation de boissons adéquate.
  • Plusieurs stratégies de traitement de la déshydratation existent. Dans la mesure du possible, il convient toutefois de privilégier l’administration de liquide par voie orale.
  • Pour prévenir le risque de déshydratation, il est essentiel de sensibiliser les personnes âgées à l’importance d’une hydratation adéquate et de les encourager à consommer des boissons en quantité suffisante.
  • Selon le type de boisson consommé, la balance hydrique n’est pas maintenue avec la même efficacité.
  • Pour une hydratation efficace, l’eau doit représenter la principale boisson consommée au quotidien.
Références
Quiz
Commencer
Question 1
Quel volume d’eau corporel un adulte entre 20 et 80 ans perd-il chaque jour ?
Choisissez-en une
Correct. Correct. Entre 20 et 80 ans, un adulte peut perdre de 4 à 6 litres d’eau corporelle par jour (Gille, 2010). Ce n’est pas la bonne réponse. Mauvaise réponse. Entre 20 et 80 ans, un adulte peut perdre de quatre et six litres d’eau corporelle par jour (Gille, 2010).
Question 2
Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), quelle quantité totale d’eau un homme âgé devrait-il consommer chaque jour ?
Choisissez-en une
Correct. Correct. En 2010, l’EFSA a défini une valeur de référence en matière d’apport total en liquides quotidien chez les personnes âgées (eau issue des boissons et des aliments). Cette valeur est de 2,5 litres pour les hommes et de 2 litres pour les femmes. Les mêmes chiffres s’appliquent aux jeunes adultes. Ce n’est pas la bonne réponse. Mauvaise réponse. En 2010, l’EFSA a défini une valeur de référence en matière d’apport total en liquides quotidien chez les personnes âgées (eau issue des boissons et des aliments). Cette valeur est de 2,5 litres pour les hommes et de 2 litres pour les femmes. Les mêmes chiffres s’appliquent aux jeunes adultes.
Question 3
Parmi les symptômes suivants, indiquez celui ou ceux pouvant être signe de déshydratation chez les personnes âgées.
Choisissez-en une
Correct. Correct. Il est complexe de diagnostiquer une déshydratation chez les personnes âgées car les signes classiques qui y sont associés (faiblesse musculaire ou perte d’élasticité de la peau, par exemple) sont plus difficiles à identifier que chez les adultes et enfants. Il est recommandé de définir un modèle de symptômes, basé sur les antécédents médicaux du patient, un examen physique et des tests en laboratoire. Ce n’est pas la bonne réponse. Mauvaise réponse. Il est complexe de diagnostiquer une déshydratation chez les personnes âgées car les signes classiques qui y sont associés (faiblesse musculaire ou perte d’élasticité de la peau, par exemple) sont plus difficiles à identifier que chez les adultes et enfants. Il est recommandé de définir un modèle de symptômes, basé sur les antécédents médicaux du patient, un examen physique et des tests en laboratoire.
Question 4
Parmi les méthodes de réhydratation suivantes, laquelle doit être privilégiée pour les personnes âgées, en l’absence de symptômes sévères et lorsque le niveau d’hydratation peut être progressivement restauré ?
Choisissez-en une
Correct. Correct. En l’absence de symptômes sévères, et lorsque la situation le permet, l’administration de liquide par voie orale doit être privilégiée pour traiter une déshydratation chez un patient âgé. Ce n’est pas la bonne réponse. Mauvaise réponse. En l’absence de symptômes sévères, et lorsque la situation le permet, l’administration de liquide par voie orale doit être privilégiée pour traiter une déshydratation chez un patient âgé.
Question 5
D’après un travail de recherche préliminaire, des mesures simples permettent d’accroître la consommation de boissons dans les maisons de soins. Selon l’étude de Simmons et al. (2001), quelle conséquence peut avoir le seul fait de proposer des boissons aux résidents souffrant d’incontinence ?
Choisissez-en une
Correct. Correct. Dans le cadre d’une étude portant sur des résidents de maison de soins souffrant d’incontinence, il a été constaté qu’il suffisait de leur proposer des boissons pour que 78 % d’entre eux augmentent leur consommation de liquides, ce qui réduit considérablement les cas de déshydratation diagnostiqués en laboratoire. Ce n’est pas la bonne réponse. Mauvaise réponse. Dans le cadre d’une étude portant sur des résidents de maison de soins souffrant d’incontinence, il a été constaté qu’il suffisait de leur proposer des boissons pour que 78 % d’entre eux augmentent leur consommation de liquides, ce qui réduit considérablement les cas de déshydratation diagnostiqués en laboratoire.
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